L'éléphant dans la pièce
Les Gilets jaunes sont de retour avec, huit ans plus tard, sensiblement les mêmes revendications : la vie chère, le prix de l’essence, le pouvoir d’achat. Et les solutions attendues sont à nouveau de court terme : revaloriser les salaires, augmenter les APL, réduire les taxes sur l’essence.
Mais cette fois, les caisses de l’État sont vides et le gouvernement ne pourra pas faire de chèque comme il l’avait fait à l’époque (10 milliards d’euros).
Mais ne serions-nous pas, une fois encore, en train de nous tromper de diagnostic ?
Car il y a un éléphant au milieu de la pièce : le logement.
Le logement représente en moyenne près de 30 % des dépenses des ménages, et ce taux peut atteindre 40 % pour les plus modestes. C’est, de loin, leur premier poste de dépenses. Et pourtant, nous semblons avoir collectivement admis que cette dépense contrainte est une fatalité sur laquelle il est impossible d’agir.
Nos concitoyens s’indignent lorsqu’un litre de carburant augmente de quelques centimes, mais ils se résignent à consacrer une part considérable de leurs revenus pour se loger.
Bien sûr, la hausse du prix de l’essence pèse sur le pouvoir d’achat. Mais elle serait autrement plus supportable si le logement ne mobilisait pas déjà une telle part des revenus de nombreux ménages.
Et si, au lieu de chercher uniquement à compenser chaque hausse des prix, nous nous attaquions enfin à la dépense qui pèse structurellement sur le budget des Français ?
Car le prix du logement n’est pas une fatalité. Il dépend, pour une large part, de la confrontation entre une offre insuffisante et une demande qui reste considérable dans les territoires où se concentrent les emplois.
Les solutions sont connues : il faut construire davantage, massivement, pour détendre les marchés, redonner du choix aux ménages et permettre, progressivement, une modération des loyers et des prix.
Ce n’est pas une vue de l’esprit. Des travaux de l’ANIL menés en 2022 ont montré que, dans certaines agglomérations, l’arrivée de logements locatifs neufs avait contribué à détendre les loyers du parc existant. Dans certaines agglomérations, les loyers du parc neuf étaient inférieurs de 10 % à ceux pratiqués dans l’ancien.
Évidemment, cela ne se fera pas du jour au lendemain. Il faut mobiliser du foncier, délivrer des permis, financer les opérations, construire. Autrement dit, engager une véritable politique de l’offre, cohérente et inscrite dans la durée.
Il faut aussi donner des conditions favorables aux acquéreurs pour investir dans ce qui représente bien souvent « l’achat d’une vie » : un prêt à taux zéro (PTZ) sanctuarisé pour les primo-accédants, un PTZ parentalité bienvenu, une détente dans la durée des crédits pour absorber la hausse des taux, bref un accompagnement protecteur et bienveillant des accédants.
Le logement est un formidable levier pour libérer le potentiel de la France. Nous l’avons souvent répété : sans logement, pas de mobilité professionnelle, pas de réindustrialisation, pas de projets familiaux. Mais il est aussi, et nous l’oublions trop souvent, un puissant levier pour redonner durablement du pouvoir d’achat à nos concitoyens.
Chaque euro économisé sur le logement est un euro disponible pour se nourrir, se déplacer, consommer, épargner ou simplement mieux vivre.
Il aura fallu près de dix ans de décisions prises sous la présidence d’Emmanuel Macron pour affaiblir profondément notre politique du logement. Heureusement, quelques mesures simples, efficaces et opérationnelles peuvent suffire à faire repartir rapidement la production de logements. Encore faut-il avoir la volonté de les prendre et se retrousser les manches ?
Car, pour redonner durablement du pouvoir d’achat aux Français, il ne suffit pas de rendre l’essence moins chère. Il faut surtout construire davantage pour rendre le logement plus accessible.