Le syndrome de Stockholm
Le statut du bailleur privé est opérationnel depuis le lendemain de la publication de la loi de finances pour 2026, soit le 21 février 2026.
La loi fixe très clairement les principes, les conditions et les modalités d’application du dispositif. Elle est autoportante : autrement dit, elle s’applique telle quelle et ne nécessite pas la publication de décrets complémentaires.
Et pourtant.
Contre toute attente, une partie des acteurs du logement semble presque déstabilisée par cette simplicité. Comme si un dispositif clair, directement applicable, relevait désormais de l’anomalie.
Il faut dire que notre secteur a été longtemps habitué à l’inverse.
Depuis des années, la promotion immobilière évolue dans un univers normatif d’une complexité redoutable. Prenons l’exemple du Pinel : pour en comprendre réellement le fonctionnement, il fallait naviguer entre la loi, les décrets, les arrêtés et le Bulletin officiel des finances publiques (Bofip).
À force de vivre dans ce système, nous avons fini par intérioriser un réflexe : si une règle existe, elle doit nécessairement être complétée, précisée, encadrée par une autre règle.
C’est là que surgit un phénomène pour le moins étonnant. Face à un dispositif simple, certains réclament spontanément… de nouvelles règles. On demande des décrets que la loi n’exige pas. On attend des précisions qui ne sont pas nécessaires.
En somme, on cherche la complexité là où, pour une fois, elle n’existe pas.
Cette attitude a un nom : le syndrome de Stockholm.
Dans sa définition classique, il décrit la situation d’une victime qui finit par prendre fait et cause pour son ravisseur. Transposé à notre écosystème réglementaire, cela revient à réclamer nous-mêmes les contraintes qui nous ont si longtemps entravés.
On en viendrait presque à supplier : « Monsieur le bourreau, encore un décret, je vous en prie. »
La formule peut prêter à sourire. Elle révèle pourtant une réalité plus profonde : à force d’évoluer dans un environnement juridique hypertrophié, nous avons fini par considérer la complexité comme la norme… et la simplicité comme suspecte.
Rappelons donc un principe juridique élémentaire : tout ce qui n’est pas interdit est autorisé.
Le statut du bailleur privé existe. Il est clair. Il est applicable. Il n’a pas besoin d’être réécrit par l’administration pour fonctionner.
Il est donc temps de respirer et d’accepter la simplicité lorsqu’elle se présente.
Et, pour une fois, de ne pas réclamer des règles supplémentaires là où la loi n’en prévoit pas.
S’il vous plaît : pour une fois que je n’étouffe pas …
Pascal Boulanger, président FPI