Le château de sable
Les vacances, cet été, sur une plage, avec mes petits-enfants.
Comme tous les enfants le font depuis des générations, à tout le moins depuis les congés payés de 1936, nous nous sommes lancés dans la construction d’un château de sable.
Rien d’exceptionnel, soyons honnêtes. Mais un château tout de même, avec ses remparts, son pont-levis, ses douves, quelques tours un peu de travers.
Mes petits-enfants couraient dans tous les sens, creusaient, tassaient… bref, la vie. Ils avaient surtout cette joie de vivre, propre à l’enfance, cette imagination sans limite qui transforme une plage en royaume.
À côté de nous, deux autres enfants, un peu tristes, pas très bronzés, observaient la scène. Ils semblaient s’ennuyer. Mes petits-enfants leur proposèrent plusieurs fois de participer. Ils refusèrent.
Puis, au bout d’un moment, ils s’approchèrent du château et se mirent à le piétiner.
Leurs explications, formulées avec leurs mots d’enfants, étaient simples : ce château dénaturait la plage, était construit trop près de l’eau et ne disposait pas d’autorisations, notamment parentale…
Je force à peine le trait.
Sur le moment, j’ai souri. Après tout, il ne s’agissait que d’un château de sable. La marée aurait fait le même travail quelques heures plus tard.
Mais cette petite scène m’est restée en tête.
Parce qu’elle dit quelque chose de notre époque.
D’un côté, des enfants qui donnent libre cours à leur imagination et qui découvrent le bonheur de créer quelque chose, même si cela reste modeste et fugace.
De l’autre, des enfants qui refusent de participer et qui préfèrent détruire ce que d’autres ont imaginé.
Toute proportion gardée, n’est-ce pas parfois ce que nous vivons collectivement ?
Notre pays a besoin de logements, d’usines, d’infrastructures, de lieux de vie. Il a besoin que des projets sortent de terre. Il a besoin d’hommes et de femmes qui acceptent encore de prendre des risques.
Et pourtant, chaque fois que quelqu’un veut construire, on cherche à l’en empêcher.
Ce n’est pas le bon endroit, pas le bon moment, pas la bonne procédure.
Alors, en cette rentrée, je repense à ce château de sable.
Il n’était pas parfait, mais il avait une qualité essentielle, celle d’apporter du bonheur à mes petits-enfants.
À la ou au futur président de la République, pensez-y lors de vos 100 premiers jours : entourez-vous de bâtisseurs, pas de « piétineurs ».
Pascal Boulanger, président de la FPI